[Critique] Patrick Watson – Uh Oh


Date de sortie : 26 septembre
Genre : Indie pop

L’automne est officiellement à nos portes, et ses feuilles colorées viennent adoucir l’air du temps. Quoi de mieux, pour accompagner cette saison, que l’une des sorties les plus attendues de la rentrée ? Patrick Watson revient juste à temps avec Uh Oh, son huitième album en carrière, marquant plus de vingt ans de création.

Inspiré par l’épreuve la plus effrayante de sa vie — la perte de sa voix — l’album prend racine dans cette peur intime. Confronté à l’idée terrible de ne plus pouvoir chanter un jour, Watson a choisi de partager le micro, imaginant une série de collaborations avec des amis et des inconnus : des artistes dont il souhaitait entendre la voix, tout en mêlant la sienne… si la vie le lui permettait.

De cette démarche naît Uh Oh!, une collection de 11 pièces qui prolonge l’exploration musicale entamée dès Just Another Ordinary Day (2003).

Autour de son piano et de son imaginaire foisonnant, Watson déploie une musique inventive, oscillant entre indie pop, folk, psychédélique, chanson française et jazz, le tout tissé dans une poésie plurilingue — français, espagnol et anglais.

L’artiste signe les arrangements, la réalisation et le raffinement de cet univers à la fois mélancolique et cristallin, fidèle à son identité sonore unique.

Watson plonge ici dans une plume nourrie par l’angoisse et l’introspection, comme le film intime de sa vie : la perte de la voix comme blessure fondatrice, ces accidents de l’enfance qui nous transforment à jamais, l’importance de l’honnêteté au sein des relations, la douce effervescence parisienne où il se réfugie régulièrement, l’art de passer du temps seul pour apprivoiser le silence, les fantômes de La Nouvelle-Orléans dans  une forêt obscure rappelant une relecture moderne de Pierre et le Loup.

 

Crédit photo : Luca Troadec
Crédit photo : Luca Troadec

 

Musicalement, Watson s’appuie sur la complicité de son groupe — le multi-instrumentiste Mishka Stein, Olivier Fairfield, et la choriste Ariel Engle alias La Force — autour de son piano, de ses claviers modulaires et de son grand imaginaire.

Sur des rythmes qui empruntent à l’indie folk, au jazz ou encore à la bossa nova, il baigne ses chansons d’une lumière douce où l’on se laisse emporter par sa voix onirique et fluide, toujours enivrante. Elle nous traverse comme l’aube après un deuil. Impossible de passer sous silence les arrangements de cordes, qui amplifient le souffle de ses compositions jusqu’au grand frisson.

L’album s’enrichit de collaborations lumineuses, parfois intimes, parfois spectaculaires, avec Martha Wainwright, November Ultra, MARO (Portugal), Solaan (artiste française à surveiller de près), Anachnid, Klô Pelgag, Charlotte Oleena, Hohnen Ford et Charlotte Cardin — une complice de longue date dont la connexion avec Watson crève les yeux.

Avec Uh Oh!, Patrick Watson laisse la puissance de ses orchestrations vertigineuses et des voix invitées briller de mille feux. Une œuvre bouleversante, où l’émotion et la grandeur sonore se rejoignent pour rappeler, une fois de plus, à quel point Watson est unique.

À chacune de ses sorties, Patrick Watson se donne entièrement, et cette intensité se ressent dans une musique à la fois authentique et profondément sensible.

Note : 10/10

Chansons favorites :

  • Peter and The Wolf (avec Anachnid)
  • The Wandering (avec MARO)
  • House on Fire (avec Martha Wainwright)
  • Silencio (avec November Ultra)
  • Gordon in The Willow (avec Charlotte Cardin)
  • Ça va (avec Solaan)
  • Uh Oh (avec Charlotte Oleena)
  • The Lonely Night (avec La Force)