[Critique] Michel Rivard – Après on va où?

Date de sortie : 31 octobre
Genre : Folk

Il n’y a pas si longtemps, l’artiste fêtait ses 50 ans de carrière avec le spectacle rétrospectif Le tour du bloc (2023), où il nous faisait redécouvrir ses pièces marquantes, celles qui ont forgé notre admiration pour Rivard et sa poésie.

Un peu plus tôt, il avait présenté, sous forme de théâtre musical, l’album L’Origine de mes espèces (2019), véritable plongée dans sa genèse personnelle.

Ce spectacle audacieux et bouleversant témoignait du temps qui passe et de ce qu’il laisse en mémoire — un thème qu’il poursuit avec force dans son dixième opus.

Ce nouveau disque s’inscrit également dans un projet ambitieux de spectacle, où Rivard poursuit son exploration du théâtre-récit, mêlant une fois de plus poésie et nostalgie, accompagné de musiciens sur scène.
La mise en scène de Marie-Thérèse Fortin ajoute une dimension visuelle et sensible, tandis que le livret de 24 pages, composé de photographies prises par l’artiste lui-même, reflète la beauté d’un regard d’homme mûr sur la vie, entre doute, joie et bonheur.

Avec Après on va où?, Rivard nous offre un album de 13 chansons où le folk acoustique se fait à la fois franc comme le bois, doux comme le vent et tendre comme un baiser d’un être aimé.
L’ensemble est enrichi de magnifiques intermèdes de musique de chambre, qui renforcent la puissance émotionnelle de chaque pièce, mêlant chœurs, instruments à vents, percussions, cordes et même ondes Martenot, sous la direction de Marie Bernard, déjà derrière l’orchestration et les arrangements de Un trou dans les nuages (1987).
La réalisation et les arrangements ont été confiés à François Richard, entre quatre studios : le Studio Sauvage, le Studio Le Hublot, le Studio Piccolo et le Studio Treatment Room.

Rivard signe des chansons folk qui explorent avec sincérité les réponses qu’il n’a pas encore trouvées. Introspectives sans jamais être lourdes, elles abordent le cycle de la vie et ce fameux « après tout ça ».
On y croise des récits d’amour qui pourraient naître ou rester impossibles, des souvenirs qui se dépoussièrent, ainsi que des instants de contemplation inspirés par la nature — comme le magnolia près de sa demeure — et une réflexion sur la fragilité de notre monde.

Mais avant tout, c’est un album où l’artiste de 73 ans accueille la suite des choses avec humilité et légèreté.

Sa poésie, au mot juste, nous invite à profiter pleinement du privilège du temps qui nous est donné.
Rivard aborde avec sérénité l’avancée vers la fin de sa vie, sans sombrer dans le sombre ou le moralisme.

Il mise plutôt sur le questionnement et le bilan, le cœur chargé de toutes ces idées accumulées au fil du temps.

Même si l’album n’est jamais lourd, il reste profondément émouvant de retrouver l’artiste chanter sur ce dixième opus sincère.

 

 

 

Autour de ses guitares acoustiques folk, ponctuées de touches de jazz velouté et de country intimiste, l’album s’épanouit grâce à la basse de Mario Légaré, aux guitares électriques feutrées de Rick Haworth, au piano de François Richard, ainsi qu’aux instruments à vents et à cordes :

  • Flûte : Jocelyne Roy
  • Flûte alto : Marilène Provencher-Leduc
  • Clarinette : Laurence Neil-Poirier
  • Hautbois et cor anglais : Mélanie Harel
  • Clarinette basse : Guillaume Bourque
  • Cors : Maude Lussier, Jocelyn Veilleux
  • Trombone : Renaud Gratton

Les chœurs lumineux de Lana Carbonneau, Audrey-Michèle Simard, Claude Vallières et Michel Faubert viennent parfaire cet univers sonore.

La voix de Rivard, tendre et chaleureuse, évoque celle d’un vieil ami chargé de beaux récits.

Elle se déploie avec grâce, portée par ses délicates mélodies folk.

Avec Après on va où?, Rivard se révèle sans artifice, offrant une poésie à la fois lumineuse et lucide.

Ce joyau folk le place parmi les auteurs-compositeurs-interprètes les plus marquants de toutes les générations, aux côtés de Daniel Bélanger, Gilles Vigneault, Marc Déry, Richard Séguin, Leonard Cohen, Louis-Jean Cormier et Serge Fiori — mais ça , on le savait déjà.

Il ne pouvait pas mieux conclure l’album qu’avec la grande question qui nous accompagne tous, à la fin :

Après, on va où ?
On y va comment ?
Qu’est-ce qu’on emporte avec nous ?
Qu’est-ce qu’on laisse aux vivants ?

Et c’est dans cette dernière interrogation, puissante et tendre à la fois, que Rivard nous touche profondément : poétique, lucide, poignant.

Il nous laisse suspendus à sa voix, à ses mots, et à cette délicate certitude que la vie, malgré tout, reste belle, fragile et précieuse.

10/10

Chansons favorites :

  • Les falaises rouges
  • L’homme qui me ressemble
  • Magnolia, Magnolia
  • À l’ombre dans le désert
  • Après on va où
  • Les gens que j’aime
  • La fabrication des fleurs sauvages
  • Sous quelques lignes D’apollinaire