
Date de sortie : 25 septembre 2026
Genre : Néo-classique
À peine un an après le sublime Desert (2025), réalisé en collaboration avec Lara Somogyi, et quatre ans après les envolées orchestrales, baroques et romantiques d’Aubades (2022), Jean-Michel Blais revient avec Mirador, son quatrième opus et probablement le plus ambitieux de sa carrière.
Le pianiste et compositeur montréalais voit grand. Très grand.
Avec ses 12 pièces, Mirador construit une immense mosaïque sonore où le néo-classique se frotte à la musique andine, aux voix, aux cordes et à une multitude de textures qui apparaissent, disparaissent et reviennent nous surprendre. Chaque morceau semble ouvrir une nouvelle fenêtre sur un paysage différent.
Et derrière cette démesure se cache quelque chose de profondément intime.
Blais retourne à l’enfant qu’il était. Celui qui, dans le sous-sol familial, pouvait transformer 22 tomes d’une encyclopédie Larousse en forteresse. Celui qui jouait avec des instruments Fisher-Price, bricolait un orgue Hammond de fortune et réécoutait les mêmes cassettes jusqu’à les user.
Son refuge. Sa cachette. Son safe space.
Un endroit où l’imagination pouvait prendre le contrôle.
Mirador est justement cette forteresse devenue musique.
L’album traverse les souvenirs d’enfance, le passage à l’âge adulte, les voyages et ces petits moments qui, parfois sans qu’on le réalise, finissent par façonner l’artiste que nous devenons.
Mais Blais ne se contente pas de regarder derrière lui. Il transforme ses souvenirs en portes d’entrée vers l’imaginaire.
Mirador devient alors un conte sans âge. Une invitation à retrouver cette partie de nous qui savait encore s’émerveiller devant presque rien. Celle qui pouvait transformer un sous-sol en château, une cassette en voyage et quelques objets en monde parallèle.

Musicalement, Jean-Michel Blais ouvre grand les fenêtres.
Un ensemble de 12 voix vient envelopper son piano. Sans paroles, elles deviennent des instruments à part entière. Par moments, elles évoquent un chant marin, comme si les mélodies voguaient quelque part entre ciel et océan.
Le compositeur américain William Brittelle, associé notamment à l’Orchestre philharmonique de Los Angeles et à The National, contribue également à cette architecture sonore. Blais s’entoure d’un chœur issu de la musique ancienne et d’un quatuor à cordes formé d’amis proches.
Puis arrive Tulio Velazco Villagra, Montréalais d’adoption ayant grandi sur les berges du lac Titicaca. Maître du charango, de la quena et de la zampoña, il permet à Blais d’explorer les traditions andines avec humilité et respect, allant même jusqu’à lui apprendre à accorder une flûte de pan.
Le résultat est aussi surprenant que magnifique.
Un flamenco suave nous fait voyager. Une mélodie intimiste nous ramène doucement sur terre. Puis les voix, les cordes et le piano reprennent leur course et nous entraînent ailleurs.
Mirador refuse de rester en place.
Et c’est justement ce qui fait sa beauté.
Jean-Michel Blais nous prend par la main et nous entraîne dans un univers où l’enfance et l’âge adulte se croisent, où les souvenirs deviennent paysages et où le réel finit par céder sa place au rêve.
Mirador, c’est une grande aventure musicale, mais surtout une invitation à ne pas laisser mourir l’enfant qui sommeille encore en nous.
Parce qu’au fond, grandir ne devrait peut-être jamais vouloir dire arrêter de rêver, de croire en soi très fort.
Et Jean-Michel Blais vient brillamment nous le rappeler.
Mirador est dansant, exaltant et doux, comme un tendre baiser sur le front, celui de quelqu’un qui vous aime simplement, profondément et sans condition.
Note : 10/10
Chansons favorites :
• Ulysse
• La chambre des possibles
• Carnavalito
• Pavane
• Mirador
• Silhouette
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