Arcade Fire -Pink Elephant

Un peu plus de deux ans après les accusations d’inconduite sexuelle contre Win Butler — et la sortie de WE (2022), un album que j’ai sincèrement apprécié — Arcade Fire semblait prêt à tirer sa révérence.

Le départ de Will Butler n’a fait que renforcer ce sentiment de fin de cycle.
Et pourtant, à la surprise générale, le groupe a repris la scène avec aplomb, remplissant deux soirs de suite le Théâtre Olympia.

Aujourd’hui, la formation montréalaise revient avec un septième album, Pink Elephant, qui tente de briser le moule dans lequel elle s’est enfermée depuis Everything Now (2017).

Je l’admets, l’écoute m’a plu.

Mais on est loin de l’audace brute et du souffle créatif qui portaient leurs trois premiers chefs-d’œuvre : Funeral (2004), Neon Bible (2007) et The Suburbs (2010).

Je comprends qu’un groupe veuille évoluer, élargir son horizon ou séduire un nouveau public — ce qu’ils avaient déjà amorcé avec le virage disco de Reflektor (2013).

Et nous y revoilà.

Après la tempête, Arcade Fire refait surface avec Pink Elephant, un titre lourd de sens, qui évoque l’impossibilité d’étouffer certaines pensées.

Forcément, je me demande : l’album est-il une manière détournée d’adresser la controverse ? C’est plus fort que moi, la question reste en suspens.

Sur dix morceaux naviguant entre post-punk, synth-pop vaporeuse, indie rock déstructuré et touches électro, on retrouve Win Butler et Régine Chassagne à la réalisation, épaulés par le légendaire Daniel Lanois (U2, entre autres). Le tout a été conçu dans le cocon fiévreux de leur studio à la Nouvelle-Orléans.

Butler, fidèle à lui-même, trempe sa plume dans les angoisses contemporaines : dysphorie post-millénaire, cyberattaques, faux semblants et isolement numérique.

Pourtant, il opte ici pour une fuite vers l’intérieur — une sorte de purification intime, plutôt qu’une plongée abyssale dans les ténèbres.

Ne vous attendez pas à une lettre d’excuses : Pink Elephant est tout sauf ça.

L’album ressemble davantage à un trip introspectif, presque narcissique, où Butler transforme ses tourments en acte de résistance.

Ce n’est pas une confession, c’est un manifeste.

Et connaissant le personnage, il aurait été étonnant de le voir faire amende honorable.

Il préfère affirmer, défier, s’imposer.

 

 

 

Musicalement, Arcade Fire propose des textures hypnotiques dominées par les claviers et les synthés dream pop, des guitares post-punk rugueuses à la Pixies, et une basse groovy aux accents disco-soul.
Un mélange qui rappelle parfois Funeral, Reflektor et WE.

Mais soyons francs : si l’album ne manque pas d’exploration intuitive, il finit par étourdir.

Trop de ballades, trop de retenue.
Et surtout, la contribution des membres historiques — Jeremy Gara, Tim Kingsbury, Richard Reed Parry — semble en retrait.

Beaucoup penseront que mes réserves viennent des accusations. En vérité, je vois plutôt un groupe qui se perd dans un trip new wave psychédélique trop lisse, presque délavé.

Malgré quelques fulgurances, Pink Elephant ne me semble ni assez fort pour provoquer un réel renouveau, ni assez audacieux pour incarner un vrai nouveau départ.

Pink Elephant n’est pas un raté, mais il reste englué dans une formule usée.

Chanson favorites :

-Stuck In My Head

-Pink Elephant

-Circle of Trust

-Alien Nation