
Depuis For Emma, Forever Ago (2007), son premier album autoproduit en toute indépendance, Justin Vernon – alias Bon Iver – n’a cessé de se réinventer.
Cet opus d’indie folk brumeux posait déjà les bases d’un univers sensible et singulier.
Depuis, l’artiste multiplie les explorations sonores, toujours plus audacieuses et avant-gardistes.
Avec Bon Iver (2011), il déploie des arrangements orchestraux d’une richesse envoûtante.
Puis vient 22, A Million, véritable virage vers une folk-tronica expérimentale, abstraite, presque mystique.
En 2019, i,i fusionne les esthétiques de ses prédécesseurs pour offrir une œuvre organique, texturée, à la fois brute et raffinée.
Après l’épilogue du EP de trois chansons SABLE (2024), paru quelques mois plus tôt, le 18 octobre,
aujourd’hui, le musicien originaire d’Eau Claire, Wisconsin, revient avec un cinquième album complet empreint d’une sensibilité retrouvée.
Il y chante la peur du changement, qu’il tente d’apprivoiser, en lui laissant toute sa place, sans la fuir.
Voici SABLE, FABLE est un album de 13 titres porté par une pop électro chatoyante, parcourue de touches de R&B, de soul des années 70, d’accents folk mélancoliques et de boîtes à rythmes subtilement funky.
Un kaléidoscope sonore où Bon Iver tisse les fils de ses précédents albums, comme un hommage à son propre cheminement musical.
Il se présente comme l’« épilogue » au cycle des quatre albums saisonniers.
Les neuf nouvelles compositions, auxquelles s’ajoutent les trois morceaux du EP SABLE, ont été façonnées dans le cocon boisé de son studio personnel, niché au cœur du Wisconsin.
Le tout est coproduit avec Jim-E Stack et le multi-instrumentiste Greg Leisz, complices d’une œuvre tout en nuances, avec des collaborations avec Dijon, Flock of Dimes, ainsi que Danielle Haim du groupe HAIM.
Bon Iver y cisèle des chansons qui sondent les reliefs d’un chagrin ancien, les lueurs fragiles d’une romance naissante.
Mais surtout, SABLE, FABLE est une traversée introspective dans les limbes de sa conscience, où il affronte, pas à pas, la peur du changement – pour mieux l’apprivoiser et combler un vide intime.

Musicalement, Vernon continue de déstabiliser l’ADN de son folk, en y intégrant des sonorités électroniques qui résonnent comme des glitches d’ordinateur sombres, des samples de soul des années 70, quelques touches de pedal steel, ainsi qu’un saxophone de Greg Leisz. Il mêle également des notes de piano mélancoliques, sa voix déconstruite et des effets habituels, oscillant entre son fausset, une émotion brute et un imaginaire expérimental, parfois déroutant et froid par moments.
Avec ce cinquième opus, l’artiste s’éloigne de la musique organique pour nous plonger dans un univers de pop alternative, dont les explorations sont parfois inégales.
Bien que j’aie toujours salué son audace créative depuis 18 ans, SABLE, FABLE est l’album le plus étrange et le plus difficile à accepter.
Pourtant, une fois cette barrière franchie, Bon Iver nous invite chaleureusement dans cette nouvelle ère.
C’est après plusieurs écoutes que j’ai pu arriver à cette conclusion : Bon Iver, une fois de plus, offre une œuvre unique, tourmentée et d’une émotion complexe, oscillant entre reconstruction et remise en question.
Il est impossible de dire que Justin Vernon manque d’idées pour repousser les frontières de sa musique.
Chansons favorites :
- Speyside
- Everything Is Peaceful Love
- From
- If Only I Could Wait (en duo avec Danielle Haim)
- I’ll Be There
- Day One ( en duo avec Dijon & Flock of Dimes )
- There’s A Rhythmn