[Critique] – Le Husky – Forces invisibles

Date de sortie : 20 mars 2026
Genre : Folk rock

Il avait frappé fort dès ses débuts avec Chansons modernes pour cyniques romantiques (2007), avant de poursuivre sur sa lancée avec La fuite (2010), deux œuvres qui ont solidement ancré son univers.

Puis, Yannick Dugay — alias Le Husky — s’est retiré quelque temps pour retourner aux études.

En 2016, il dévoile Échec Éros, année charnière où il complète également une formation en design graphique. Il amorce alors une nouvelle voie professionnelle comme designer et concepteur web.

En 2020, il refait surface avec Rougemont, un projet délicat formé aux côtés de Vincent Blain et Michèle Ouellette. Le trio revisite des classiques de divers horizons, de Mitsou à Indochine, en leur insufflant une sensibilité folk.

Trois ans après son EP Un zoo la nuit (2023), qui marquait son retour à la musique solo, Le Husky revient avec un troisième opus. Une œuvre habitée par une poésie sombre et lucide, nécessaire pour saisir la détresse du poète maudit qui sommeille en chacun de nous.

Voici Forces invisibles : neuf morceaux où se croisent indie pop, électro, chanson française et folk rock finement travaillés. Le Husky a pu, une fois de plus, compter sur la collaboration de son complice habituel Jean-Sébastien Brault-Labbé (réalisation, mixage, batterie, percussions, basse, guitares, claviers, mellotron), en plus de Jean-Philippe Villemure au matriçage.

Sur ce troisième opus, Le Husky explore le monstre de ses regrets à travers un personnage en fuite, commettant l’irréparable. Sa plume saisit les tourments avec un équilibre délicat entre mélancolie, spleen et vulnérabilité. Les idées noires abondent dans sa poésie bouleversante, à la manière de Mano Solo, évoquant des voyages dont on ne revient jamais, sans aucun artifice pour masquer la maladresse de nos actes.

 

Musicalement, l’album s’inscrit dans un folk-rock sombre, bâti autour de la voix narrative et presque fantomatique de l’artiste, livrée sans filet. Les arrangements de cordes et de cuivres, d’une grande beauté, sont signés Jérôme Dupuis-Cloutier, Marie-Michèle Beauparlant et Juliet Trique.

Dix-sept ans après son deuxième opus complet, ce disque se présente comme un instant de contemplation entre les jours de pluie, scrutant l’abîme du monde contemporain et pansant le hangover d’un amour passé et violent. Lent et introspectif, il se révèle, une fois apprivoisé, comme une œuvre d’une éloquence rare — parfois lourde, mais essentielle pour sonder la douleur enfouie dans nos voix.

Le Husky s’adresse aux grands brûlés de la vie, aux éclopés, aux démunis, à tous ceux qui cherchent un moyen de traverser les tempêtes. C’est chaotique, instinctif et sans artifice.

Il connaît le secret pour offrir une musique envoûtante : aimer la mélancolie. Lui, il la frenchkisse avec une langue qui n’est pas de bois, directe, sincère et profondément vivante.

Forces invisibles, c’est tout cela et plus encore : plus tu écoutes, plus tu ressens le vertige des blessures.

Note : 8/10

Chansons favorites :

  • Besoin de personne
  • J’ai tout foutu en l’air
  • La Mythologie
  • Force invisible
  • Les grands brûlés

 

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*