[Critique]— Yebba – Jean

Date de sortie : 6 mars  2026
Genre : Folk

Après le très remarqué Dawn (2021), conçu durant la période bouleversante du décès de sa mère et qui lui avait valu une nomination aux Grammy Awards dans la catégorie Meilleure performance R&B traditionnelle, l’artiste originaire de l’Arkansas Yebba revient avec un second album ambitieux et profondément introspectif.

Intitulé Jean, en hommage à sa grand-mère — une femme forte et perspicace qui l’a élevée et dont la présence rassurante a marqué son enfance — le disque agit comme une véritable lettre d’amour à celle qui lui a donné les ailes pour être elle-même à travers les moments de doute.

Composé de 14 pièces, l’album explore une grande variété de styles : pop folk, R&B funky, blues, électro-pop et jazz.

Le projet a été élaboré sur près de cinq ans avec son collaborateur de longue date John Rooney et le compositeur James Francies, entre l’Arkansas, Dallas et les studios mythiques Electric Lady Studios à New York.

Sur cette nouvelle offrande, Yebba chante le passage vers l’âge adulte et aborde des thèmes universels comme la vie, l’amour et la guérison.

Sa voix, douce et retenue mais toujours puissante, laisse souvent toute la place aux mots et à l’émotion.

À d’autres moments, elle s’élève dans des envolées vocales intenses qui rappellent toute l’ampleur de son talent.

Les textes évoquent notamment cette tendance humaine à courir après la nouveauté sans réellement s’y attacher, à mesurer nos vies à travers des attentes parfois irréalistes.

Plusieurs interrogations demeurent en suspens tout au long de l’album, comme si la chanteuse cherchait encore l’après d’une longue période d’auto-sabotage.

Musicalement, Jean privilégie des arrangements organiques : guitares folk acoustiques aux accents soul et R&B, touches légèrement psychédéliques, pianos sombres et mélancoliques ainsi que quelques interventions de trompette.

On y entend aussi des rythmes électro subtils, des nappes de synthétiseurs et des batteries aux grooves funk et jazz.

Au centre de tout demeure la voix de Yebba, expressive et sans filtre, portée par un mélange de savoir-faire, de détermination et parfois de colère qui surgit au cœur de tempêtes sonores plus intenses.

L’album se révèle aussi comme son projet le plus exploratoire musicalement, avec une approche vocale souvent plus posée, même si certaines chansons semblent parfois la mener dans des territoires où elle se perd légèrement.

Au final, Yebba embrasse le présent avec un album courageux et très personnel.

L’écoute n’est pas toujours immédiate et demande un certain temps d’adaptation, mais une fois apprivoisé, le disque révèle toute sa profondeur.

On peut toutefois regretter l’absence de quelques morceaux plus robustes ou plus rythmés.

Malgré tout, l’artiste poursuit sa trajectoire avec assurance, fidèle à sa sensibilité.

Je serai franc : il me faudra probablement plusieurs écoutes pour pleinement apprécier ce second opus de Yebba, un album qui ne choisit jamais la facilité et qui aborde des thèmes loin de la légèreté.

Un disque dense qui explore plusieurs directions.

Note : 7/10

 

Chansons favorites :

  • Alright
  • Waterfall
  • Seven Years
  • West Memphis
  • Earth, Wind & California

 

 

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