
Après nous avoir catapultés dans un univers audacieux avec Infinite Granite, un album aux sonorités ancrées dans le shoegaze et le rock progressif aérien qui m’avait renversé et nommé aux Grammy Awards, Deafheaven poursuit son aventure musicale avec un sixième opus percutant.
Quinze ans après ses débuts, le groupe continue d’explorer les contrastes entre puissance et subtilité, unissant les forces acquises depuis Roads to Judah (2011), Sunbather (2013), New Bermuda (2015) et Ordinary Corrupt Human Love (2018).
Une fois de plus, Deafheaven refuse de se laisser enfermer dans un prisme sonore unique, repoussant les frontières de son art pour aller toujours plus loin.
Voici Lonely People With Power, un album de 12 morceaux où Deafheaven fusionne avec audace un metalcore ravageur, un shoegaze éclatant et un post-rock progressif introspectif.
Pour marquer ce retour très attendu, le groupe s’associe une fois de plus au producteur Justin Meldal-Johnsen (St. Vincent, M83, Paramore, Metric, Jimmy Eat World) et confie le mixage à Zach Weeks du GodCity Studio, avec des contributions vocales supplémentaires de Jae Matthews de BOY HARSHER et Paul Banks d’INTERPOL.
Cette collaboration confirme une fois encore la capacité de Deafheaven à repousser les limites de son art, offrant un metal massif, intense et d’une inventivité fulgurante.
Deafheaven livre des chansons empreintes de colère et de détermination, explorant un parcours marqué par les influences, qu’elles soient négatives ou positives. À travers cet album, George Clarke injecte également des références personnelles : la magnolia, fleur emblématique du Mississippi, renvoie aux racines familiales du chanteur. On y exprime le deuil, la paternité et les fardeaux que nous portons.
L’identité du groupe californien s’affirme avec force, et l’auditeur devient le témoin privilégié d’un spectacle sonore fulgurant.

Musicalement, les guitares de Kerry McCoy et Shiv Mehra tranchent entre obscurité et éclat, oscillant entre le sinistre et le lumineux. La basse de Christopher Johnson vibre avec intensité, tandis que la batterie de Daniel Tracy résonne comme un battement de paupière, entre douleur et rêverie apaisante. Enfin, la voix de George Clarke, entre hurlements incisifs et mélodies mélancoliques, parachève cette œuvre tourmentée et immersive. L’introduction de synthés distordus, rappelant l’ambiance d’un film de Cronenberg, est tout simplement saisissante.
Lonely People With Power est un album de blackgaze où chaque note dissonante, lourde et audacieuse se savoure pleinement.
Pionniers du hardcore, Deafheaven revient à une lourdeur insidieuse tout en poursuivant une évolution qui rend leur œuvre, à mes yeux, invincible.
Car sans ce mélange de shoegaze et de rock progressif aérien, acquis au fil des albums, jamais je n’aurais osé plonger dans cette brutalité opaque et ces déflagrations métalliques.
L’un ne va pas sans l’autre.
Chansons favorites
- Magnolia
- Amethyst
- Doberman
- Incidental I
- Incidental II (en duo avec Jae Matthews)
- Incidental III (en duo avec Paul Banks)
- The Garden Route
- Heathen