
Après No Gods No Masters (2021), un album abrasif, agressif et fortement teinté de sociopolitique, le groupe rock américain Garbage est de retour avec son huitième album studio.
Alors que les tensions internationales sont à leur comble — de l’invasion russe de l’Ukraine au conflit Congo-Rwanda, en passant par la guerre israélo-palestinienne — Shirley Manson traverse, elle, une période personnelle éprouvante, marquée par une opération de remplacement de la hanche et le deuil de sa chienne Veela.
Garbage tente de combattre la haine par le positif et le renouveau. Ce cri de ralliement imprègne ce nouvel album, résolument moins sombre que le précédent.
Let All That We Imagine Be the Light propose dix nouvelles pièces où Garbage poursuit son hybridation singulière de rock électro alternatif, toujours imprégnée de touches industrielles et de trip-hop sombre. Mais cette fois, le groupe s’aventure résolument vers une pop grunge lo-fi assumée, à la fois fantastique et mélodique. Un virage sonore qui conserve la tension propre à leur signature, tout en s’ouvrant à des atmosphères plus lumineuses et porteuses d’espoir.
Produit par Garbage et Billy Bush (The Naked and Famous, Neon Trees, Julia Stone, Fink, Foster the People, Muse, Natasha Bedingfield), l’album a été enregistré entre le Red Razor Sounds à Los Angeles, le studio Grunge Is Dead de Butch Vig, et la chambre même de Shirley Manson — un lieu inattendu qui en dit long sur l’intimité, la vulnérabilité et l’authenticité de cette nouvelle création.
Clouée au lit et sous analgésiques après son opération, Shirley Manson s’est retrouvée face à elle-même. De cette convalescence est née une plume différente, qui cherche à transformer la douleur en lumière. Quand tout semble s’effondrer, il devient vital de se raccrocher aux forces positives, aux fragments de beauté et de lumière que le monde peut encore offrir. Une stratégie de survie, presque viscérale, face aux luttes intimes et collectives que nous menons chaque jour.
Malgré cette quête de lumière, l’album reste profondément engagé. Il exprime sans détour l’indignation de Shirley Manson face aux injustices systémiques qui persistent : celles subies par les communautés noires, latines, LGBTQ+, les personnes trans, les femmes, les animaux, mais aussi face à la précarité et au chaos qui gangrènent Hollywood, particulièrement depuis le traumatisme collectif provoqué par le meurtre de George Floyd. Garbage n’a rien perdu de sa verve contestataire : la colère gronde toujours, mais elle coexiste désormais avec un désir plus affirmé de transformation et de résilience.

Sur le plan musical, les guitares rugueuses, autrefois au cœur du son de Garbage, se font plus discrètes sans disparaître complètement. Le groupe privilégie ici des synthétiseurs granuleux, une basse dense et une batterie électro aux pulsations nerveuses. La voix de Shirley Manson s’impose comme un fil conducteur puissant, oscillant entre éclats de colère et instants de vulnérabilité introspective.
On retrouve dans cet album une familiarité sonore propre à Garbage. Let All That We Imagine Be the Light s’inscrit quelque part entre les textures brutes du classique Garbage (1995), qui s’apprête à fêter ses 30 ans, l’efficacité électro de Version 2.0 (1998), l’introspection sombre de Strange Little Birds (2016), et l’engagement abrasif de No Gods No Masters (2021). Le tout est subtilement relevé par un parfum eighties — loin d’être désagréable — qui ajoute une touche nostalgique sans jamais sombrer dans le pastiche.
Avec ce nouvel opus, Garbage ne cherche pas à révolutionner sa formule, mais offre néanmoins de très bons moments de rock alternatif, nourris de pop grunge délicieusement maîtrisée.
Let All That We Imagine Be the Light ne deviendra sans doute pas un album culte, mais il s’ajoute avec justesse et pertinence à l’impressionnante discographie du groupe.
Une chose est sûre : j’ai pris beaucoup de plaisir à l’écouter.
7 /10
Chanson favorite :
- R U Happy Now
- Get Out My Face (aka Bad Kitty)
- Hold
- There’s No Future in Optimist
- Radical