
Ce n’est plus un secret pour personne : depuis 1994, Machine Head traîne une réputation aussi lourde que ses riffs. Entre les critiques assassines de la presse et la grogne des fans de la première heure, le groupe a encaissé les coups… et souvent vacillé. Départs en série, directions artistiques douteuses, montagnes russes créatives : la chute semblait inévitable.
Et puis, boum : Of Kingdom and Crown débarque en 2022.
Un album concept brutal, massif, qui laissait entrevoir un retour aux fondamentaux, aux sonorités bien grasses qui ont fait leur renommée.
Robb Flynn, toujours au poste comme capitaine d’un navire en pleine tempête, refuse de sombrer. Avec le nouveau batteur Matt Alston et le shredder Reece Scruggs (ancien guitariste de Havok) à la guitare principale, il remonte sur le ring avec un onzième album qui n’a rien d’une retraite tranquille.
Bienvenue dans Unatøned : 12 brûlots fusionnant metal nu, thrash hargneux et groove crasseux dans un cocktail aussi outrancier que jouissif.
Alors ? Cette nouvelle incarnation de Machine Head tient-elle enfin la route ou fonce-t-elle droit dans le mur ?
Réponse dans les décibels.
Une fois de plus, la production est signée par le tandem bien rodé formé par le leader Robb Flynn et l’ingénieur Zack Ohren. Ensemble, ils forgent un son massif, sans concession, à l’image du groupe lui-même.
Avec Unatøned, Machine Head balance des hymnes metal orageux qui hurlent la résilience et la défiance. Le groupe explore sans retenue les douleurs de l’échec amoureux, les luttes intimes qui nous brisent, et les chemins tortueux qu’on emprunte pour se reconstruire et rallumer la flamme dans l’obscurité.
La plume de Flynn est à la fois déterminée et colérique — une écriture chargée d’émotions brutes et de rage lucide. Sa voix, quant à elle, embrasse tout le spectre : du chant clair empreint de fragilité à la narration sombre, jusqu’au hurlement viscéral qui lacère les tympans.

Musicalement, Machine Head reste fidèle à sa signature sonore : des guitares intrépides aux riffs tranchants dans la plus pure tradition du metal thrash, une basse rugueuse à souhait qui gronde dans les entrailles, et une batterie sauvage qui cogne avec une intensité animale.
Mais là où Unatøned surprend, c’est dans ses multiples déclinaisons d’arrangements : des textures athlétiques, à vif, ciselées avec précision, qui laissent parfois place à des envolées instrumentales aux allures cinématiques, voire psychédéliques. Un équilibre habile entre brutalité frontale et finesse dans le chaos.
Unatøned s’inscrit quelque part entre la force de frappe de Unto the Locust (2011), l’ambition mélodique de Bloodstone & Diamonds (2014) et la noirceur cinématographique de Of Kingdom and Crown (2022).
Après le soporifique Catharsis (2018) — véritable faux pas créatif qui avait laissé les fans dans l’incompréhension — c’est franchement rassurant de voir Machine Head renouer avec ce qu’il fait de mieux : du metal viscéral, habité, et sans compromis.
Et, dieu merci, on ne s’enlise pas dans la redite.
Ce onzième opus, fougueux et affamé, prouve que le groupe a encore du feu dans les veines et des choses à dire.
Chansons favorites :
– Unbound
– Not Long For This World
– Bonescraper
– Outsider
– Bleeding Me Dry