
Hier soir, Mario Tessier – la moitié légendaire des Grandes Gueules, ce duo qui a marqué l’humour québécois pendant plus de 30 ans – faisait son grand retour sur scène avec son tout nouveau one-man-show : Champion, présenté à la salle Pierre-Mercure, remplie à pleine capacité d’un public fébrile, prêt à encaisser les punchs.
Depuis 2021, Tessier brille aussi à la radio dans Ça rentre au poste, aux côtés de Séb Trudel et Julie Bou, mais sur scène, son énergie demeure intacte. Il entre tel un boxeur dans l’arène, enchaînant les jabs et les rires.
Avec Champion, il propose un spectacle finement tricoté d’autodérision, d’anecdotes familiales savoureuses et de réflexions habilement livrées.
Il aborde sans détour sa première colonoscopie – hilarante et inoubliable – et réussit un jeu de mots épique entre les polypes et le tunnel Hippolyte, le tout sur We Are the Champions de Queen.
C’est du bonbon.
Il nous parle aussi de sa passion récente pour la boxe, à 54 ans, du décès de sa mère (et de ses sourcils), de sa fille, de son amour ruineux pour l’équitation… sans oublier l’industrie funéraire et les vétérinaires !
Moment fort d’impro : une interaction spontanée avec une certaine Jade, 22 ans, affectueusement surnommée « 22 », qui fait mouche.
Et puis, quelques visages bien connus des Grandes Gueules font un clin d’œil surprise… mais chut, on ne vous gâche rien.
Tessier se moque également de sa relation dysfonctionnelle avec la technologie – comme ce moment où, incapable de quitter une vidéoconférence sans ses filles, il reste figé à l’écran, impuissant.
Le vieillissement ne lui échappe pas non plus, notamment à travers une réflexion franchement tordante sur le poil… de sa poche.

Tout est rythmé, dense, hilarant. Il enchaîne les gags comme des uppercuts dans un feu roulant d’humour, avec en prime une démonstration de corde à danser sur la musique de Rocky.
Conteur naturel, rieur contagieux, Mario Tessier maîtrise son art avec aisance.
Son humour est sans filtre, assumé, mais toujours rassembleur.
La recette, peaufinée avec le temps, gagne en maturité sans perdre sa fraîcheur.
Et puis, en toute fin, il livre un slam touchant sur le temps qui passe. Un vrai moment suspendu, soutenu par une mise en scène sobre et efficace de Marc Gélinas.
Durant 1h30, il tient la salle dans le creux de sa main, avec des punchlines redoutables, des échanges en chœur avec le public, des imitations éclatées, et même quelques pointes de suspense théâtral bien dosé.
Ce n’est peut-être pas de l’humour cérébral – et tant mieux ! – c’est profondément humain, sincère, et redoutablement efficace. Champion, c’est un concentré de rires, d’émotions, et d’authenticité.
Ayant assisté à tous ses solos – Seul comme un grand (2015), Transparent (2019) – je peux dire que Mario continue de transformer nos petits échecs en triomphes éclatants.
Parce qu’au fond, il n’y a rien de plus gagnant que d’être soi-même.
Et disons-le franchement : Mario Tessier livre un retour digne d’un champion.
J’ai ri aux larmes, de bon cœur.
En guise de finale, la boxeuse Kim Clavel est montée sur scène pour lui remettre une véritable ceinture de champion, entourée de toute l’équipe du spectacle – une belle façon de souligner les 25 000 billets déjà vendus.

Un coup de chapeau à Sam Vigneault, humoriste charismatique de 28 ans — et fier fils d’agriculteur de Plessisville — qui, armé de son accordéon, a brillamment assuré la première partie en réchauffant la salle avec brio.
Champion est en tournée partout au Québec.
Ne manquez pas ça : vous en sortirez gonflé à bloc, le sourire fendu jusqu’aux oreilles !