[Critique] Mat Vezio — Vingt Mille Pieds au-dessus de l’abysse

Date de sortie : 8 octobre 2026
Genre : Indie pop

Alors que l’automne vient nous magnifier de ses belles couleurs, entre les feuilles qui tombent, les jours de pluie et ce temps qui semble tourner au ralenti, c’est le moment idéal pour découvrir un disque imprégné d’une musique lente et introspective.

Après Couleur ciel ecchymose (2022), l’auteur-compositeur-interprète Mat Vezio revient avec un quatrième album qui prend racine dans une épreuve de vie bouleversante.

En mai 2025, il est terrassé par une crise cardiaque qui l’oblige à s’arrêter et à plonger dans la réflexion. S’ensuit un long chemin de croix entre guérison, remise en question et dégringolade dans les profondeurs de l’esprit.

De cette période difficile naît un nouveau chapitre où l’écriture devient un moyen de raconter son histoire, sans filtre ni censure.

Des mots choisis avec soin pour mettre en lumière ce qu’il a traversé, une histoire qu’il n’est pas près d’oublier, et nous non plus.

Avec Vingt Mille Pieds au-dessus de l’abysse, Mat Vezio nous livre 11 pièces empreintes de mélancolie et de résilience.

L’indie pop se mêle au folk country, au psychédélisme, au blues et à un jazz velouté de fin de soirée.

Quelque part entre Wilco, Beck, Daniel Bélanger, Fred Fortin et Martin Léon, l’artiste façonne un univers musical riche, enveloppant et profondément humain.

Entouré de ses musicien·nes, Vezio enregistre la majorité de l’album en à peine une semaine, en prises live, sous la réalisation de son ami Antoine Corriveau, artiste multi-instrumentiste qui participe également à la coécriture de quelques pièces.

Cette façon de travailler apporte une proximité et une spontanéité qui servent parfaitement l’esprit de l’album.

Les chansons prennent ici la forme d’un journal intime gravé au moment où tout bascule.

Mais au-delà du récit personnel, elles explorent le laboratoire sensible de la vie, dans toute sa fragilité. On plonge parfois dans les profondeurs de la noirceur, là où le silence semble privé de lumière. Pourtant, derrière cette mélancolie, une autre force se dessine : celle de remonter à la surface, de retrouver son souffle et d’accueillir cette seconde chance.

Une renaissance qui s’accompagne d’une envie de vivre pleinement, sans avoir peur d’encaisser les claques que la vie nous réserve.

Les mots cognent, les images sont saisissantes et la poésie nous atteint de plein fouet. C’est là que réside la force de Mat Vezio : dans sa capacité à transformer une épreuve personnelle en quelque chose d’universel, qui vient nous chercher là où ça fait mal, tout en laissant entrevoir une lumière au bout du tunnel.

Deux fils conducteurs traversent Vingt Mille Pieds au-dessus de l’abysse.

D’un côté, la métaphore du scaphandre, qui évoque cet isolement intérieur dans lequel on peut parfois s’enfoncer.

De l’autre, le cœur, cet organe qui résiste au temps et cherche à reprendre son souffle, sans jamais cacher sa vulnérabilité.

Vezio chante avec une voix naturelle et désarmante, qui résonne comme un vent venu des Maritimes et donne à ses chansons une dimension encore plus intime.

 

 

Musicalement, les guitares folk country côtoient des synthétiseurs électroacoustiques brumeux, des notes de piano à nu, des congas et des bongos, un Hammond B3, un Rhodes, des programmations, de la flûte traversière et des batteries.

Ces sonorités s’entrelacent pour donner vie à une indie pop aux accents folk, tantôt feutrée, tantôt plus éclatante, toujours au service des émotions.

Avec ce quatrième opus, Mat Vezio ne fait aucun compromis.

Il se livre sans détour et nous offre une œuvre vulnérable, habitée et bouleversante, portée par une poésie qui navigue entre l’effondrement, la reconstruction et cette volonté de reprendre le large.

Un disque qui nous rappelle que même lorsqu’on se retrouve vingt mille pieds au-dessus de l’abysse, il reste parfois une raison de continuer à avancer.

Un très beau disque qui raconte les battements d’une seconde chance et nous laisse avec cette impression qu’après les tempêtes, l’avenir peut encore être radieux.

J’aimerais souligner la magnifique photo ainsi que la remarquable pochette d’Elizabeth Landry.

Note : 9/10

Chansons favorites :

  • Les Écluses
  • Les Moyens du bord
  • Vingt Mille Pieds au-dessus de l’abysse
  • À l’avenir
  • I’m a Gonna Dance (avec Amylie)

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