
Date de sortie : 10 avril 2026
Genre : indie-pop
Quatre ans après Crash (2022), un second album marquant qui l’a mené en tournée à travers le Québec, Vincent Roberge — alias Les Louanges — revient avec Alouette!, un troisième opus à la fois lumineux et déstabilisant.
Sur ce nouvel album, l’artiste explore les remous de la vie avec une sensibilité profondément ancrée dans sa langue et sa culture.
Il y est question d’ouverture aux autres, de lâcher-prise et d’élan vers l’inconnu, le tout porté par une écriture intime et évocatrice.
Composé de 15 morceaux, Alouette! navigue habilement entre R&B, soul, funk et pop, avec des touches rock qui renforcent son caractère groovy, le tout teinté d’une légère fibre folklorique issue de notre héritage québécois.
On y perçoit des influences allant de Bon Iver, Félix Leclerc et Frank Ocean à The War on Drugs, en passant par Prince, Leonard Cohen, Parliament-Funkadelic et Richard Desjardins, sans jamais éclipser l’identité propre de Roberge.
Fidèle à ses habitudes, il s’entoure de son collaborateur de longue date, Félix Petit, à la réalisation et aux arrangements, consolidant une complicité artistique toujours aussi efficace.
Au cœur de cet album, Vincent Roberge livre une réflexion profonde sur son rapport à la vie, nourrie notamment par son rôle de proche aidant auprès du père de sa conjointe.
Il aborde des thèmes lourds — la maladie, la mort, l’urgence climatique, les fractures sociales et une masculinité toxique encore bien présente — mais aussi l’amour et les liens humains, avec une sincérité désarmante.
À travers ses textes, il invite à ralentir, à respirer et à prendre conscience du privilège d’exister, malgré un monde traversé par les inégalités, la violence et le racisme.
Sa plume engagée, riche en images, agit comme un fil conducteur entre nos aspirations à la liberté, nos valeurs et notre désir de vivre pleinement.
Surtout, il rappelle l’importance de rester proche de ceux qu’on aime et de s’ouvrir à nos différences, dans un esprit de communauté, de solidarité et de paix, tout en étant fier de ses racines.
Ses mots percutent de plein fouet une époque assombrie; Roberge secoue les consciences avec une poésie vibrante, habitée d’une intensité profondément vivante.

Musicalement, Roberge impressionne par sa polyvalence, assurant la majorité des instruments.
Les arrangements, signés avec Félix Petit, déploient un univers riche : guitares aux accents blues et folk, basses funk, claviers électro-pop, piano aux touches jazz, élans gospel et cordes enveloppantes, sans oublier quelques incursions de saxophone et de boîte à rythmes.
À différents moments de l’album, Les Louanges revisite la comptine Alouette, une chanson traditionnelle remontant au 19e siècle, chantée par les voyageurs et commerçants d’Amérique du Nord pour rythmer leurs déplacements en canot et rendre le voyage plus supportable.
On y retrouve également des échantillonnages d’un numéro d’Yvon Deschamps, ancrant encore davantage l’œuvre dans son héritage culturel.
Portés par une voix à la fois franche et vulnérable, les refrains oscillent entre introspection et désir d’explosion, comme une célébration brute de la vie.
La force des Louanges réside plus que jamais dans cette capacité à faire danser les mots sur des rythmes souples et organiques, transformant chaque chanson en un espace où brûle doucement l’imprévisibilité du vivant.
Le Québec n’est plus seulement « steak, blé d’Inde, patates » et chemise à carreaux : le futur est déjà là.
Et Les Louanges l’incarne avec maturité, assumant ses racines tout en regardant vers l’avant, dans un monde ouvert à toutes les formes de vie.
L’auteur-compositeur-interprète a mûri, et sa musique porte désormais toute la profondeur de son vécu.
Dans la trentaine, il continue d’explorer et de se réinventer avec audace.
Un disque qui tombe à point pour la période qui s’annonce chaude.
9/10
Chansons favorites
•Le gars dans le cadre de porte
• Ne me quitte pas des yeux
• Correct
• La journée va être chaude
• GODDAMN!
• Chez nous
• Au pied de la montagne (sauvez mon âme)
• Je bouge pas
• Promis juré
• Tu me coupes l’herbe
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