[Critique] Mykalle – Requiems

Date de sortie : 30 octobre 2026
Genre : Néo-classique

À une époque où tout va trop vite, où le monde semble constamment sur le point de basculer, l’autrice-compositrice-interprète Mykalle Bielinski nous invite à ralentir, à faire silence et à regarder autrement ce qui nous entoure.

Avec Requiems, son deuxième opus, elle nous entraîne dans une traversée intérieure où la spiritualité côtoie la fragilité humaine, où la noirceur laisse entrevoir quelques éclats de lumière et où la beauté se révèle parfois dans les moments les plus douloureux.

Cette démarche artistique prend une dimension particulière lorsqu’on connaît son travail d’intervenante en soins spirituels en milieu hospitalier.

Au quotidien, elle accompagne des personnes confrontées à la maladie, à la souffrance et au deuil. Une expérience qui nourrit certainement cette œuvre profondément habitée, dans laquelle sa voix vulnérable, lumineuse et bouleversante devient le fil conducteur d’un voyage introspectif.

Composé de 12 pièces, Requiems puise dans les traditions liturgiques et le chant grégorien, les chants d’église et les influences médiévales, tout en s’aventurant dans des territoires néo-classiques et électro-pop aux textures brumeuses.

Il en résulte un univers sonore enveloppant, presque céleste, comme une éclaircie qui apparaît après une longue tempête. Des influences de Mozart, d’Arvo Pärt et d’Hildegarde de Bingen traversent cette œuvre singulière, qui conjugue héritage musical et sensibilité contemporaine.

L’album a été réalisé et arrangé par Blaise Borboën-Léonard, avec la collaboration de Mykalle Bielinski et Simon Leoza, qui ont également participé à la production et à l’enregistrement de certaines pièces.

Les prises de son ont été réalisées dans plusieurs lieux chargés d’histoire et de résonance : au Studio Makina, à Montréal, à l’Abbaye de Noirlac et à l’Abbaye Notre-Dame d’Ambronay, en France, ainsi qu’au site historique Marguerite-Bourgeoys, dans la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Montréal.

Avec ce deuxième opus, Mykalle remonte également aux sources de ses origines françaises et explore les racines de la tradition liturgique chrétienne, profondément ancrée dans notre héritage ancien franco-germanique.

À travers ses compositions méditatives, elle aborde le silence, la solitude, la spiritualité, le concept de Dieu et le mysticisme. Comme son titre l’indique, Requiems fait référence au chant liturgique destiné aux défunts, celui qui accompagne les morts et leur souhaite le repos éternel.

Le deuil, la disparition et le passage vers l’inconnu deviennent ainsi les thèmes centraux de cette œuvre, interprétée en plusieurs langues, dont le latin, l’anglais, le français et l’italien.

Mais au-delà de la dimension religieuse et spirituelle, Mykalle nous confronte à une réalité universelle : celle de notre propre mortalité. La souffrance, l’absence et les questionnements qui accompagnent le deuil prennent ici une tout autre résonance. Elle nous invite à regarder la mort autrement, à apprivoiser l’obscurité et, malgré tout, à trouver un peu de beauté dans ce passage inévitable vers l’au-delà.

Soyons francs, certains passages nous pulvérisent littéralement.

Il y a dans cette démarche une sincérité désarmante.

Mykalle ne se contente pas de chanter le deuil, elle nous fait entrer dans un univers qu’elle côtoie de près à travers son métier d’intervenante en soins spirituels en milieu hospitalier.

Cette proximité avec la souffrance et les grandes questions existentielles donne à ses interprétations une profondeur qui dépasse largement le simple exercice musical.

 

 

Musicalement, Requiems est une véritable expérience sensorielle. Les chants sacrés et grégoriens se mêlent aux textures de synthétiseurs, aux programmations électroniques, aux sonorités de l’orgue et de l’organetto ainsi qu’aux délicates notes de piano classique. L’ensemble est enveloppé d’une douce mélancolie qui nous apaise dès les premières syllabes.

Le travail de Blaise Borboën-Léonard, de Maria Gajraj et de Simon Leoza contribue à façonner ces paysages sonores, notamment grâce aux synthétiseurs et à la programmation sur « Kyrie Eleison (Patriarch Ilia II of Georgia) ».

Les arrangements oscillent habilement entre dépouillement, envolées spirituelles et textures électroniques, laissant toute la place à la puissance évocatrice de la voix de Mykalle.

D’une pièce à l’autre, elle nous fait traverser une multitude d’émotions et tisse des ponts entre les sonorités néo-classiques, les chants d’église et une pop électro contemporaine.

 

Sa voix angélique, à la fois délicate et puissante, possède quelque chose de profondément saisissant. Une véritable force de la nature qui nous entraîne dans un univers où le sacré et le moderne se rencontrent avec une étonnante harmonie.

Artiste multidisciplinaire montréalaise, Mykalle Bielinski nous offre avec Requiems une œuvre audacieuse, contemplative et lumineuse, dont la beauté réside autant dans ses arrangements que dans les émotions qu’elle fait naître.

Personnellement, cette expérience d’écoute va bien au-delà de mes attentes.

C’est le genre d’album qui demande du temps, de l’abandon et une certaine ouverture d’esprit.

Il ne s’adresse peut-être pas à tout le monde, mais pour ceux qui accepteront de se laisser porter par cette proposition artistique, le voyage risque d’être aussi bouleversant que magnifique.

9/10

Chansons favorites :

  • Alleluia II
  • My Heart’s in the Highlands
  • Lauda
  • Lacrimosa (Mozart’s Requiem)
  • Requiem I
  • Requiem II
  • Kyrie Eleison (avec Simon Leoza)
  • Pagan

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