
Sortie : 3 avril 2026 | Genre : Rock
Moins de deux mois après le surprenant Day of Ashes, U2 enchaîne avec Easter Lilly, un second EP qui agit presque comme un contrepoint lumineux à son prédécesseur.
Là où le premier projet explorait les tensions d’un monde instable, celui-ci s’ouvre à une forme d’apaisement, voire de renaissance.
Le titre, clin d’œil assumé à Easter de Patti Smith, annonce déjà la couleur : Easter Lilly s’inscrit dans une tradition rock à la fois spirituelle et habitée, profondément marquée par un héritage qui traverse les années 70, 80, 90 jusqu’aux années 2000.
À travers six morceaux, le groupe revisite ses fondations sonores. Les guitares aériennes et texturées rappellent immédiatement The Joshua Tree et The Unforgettable Fire, mais avec une approche plus nuancée. Les nappes de synthétiseurs, les effets de réverbération et certaines rythmiques répétitives apportent une teinte new wave subtile, jamais envahissante.
L’électro, utilisée avec parcimonie, agit comme une respiration moderne au sein d’un ensemble très organique.
Sur le fond, Easter Lilly s’articule autour de thèmes universels : la foi, la perte, l’amitié, la quête de sens. L’imaginaire de Pâques — mort et renaissance — traverse l’EP de part en part, sans jamais sombrer dans un symbolisme trop appuyé.
Au contraire, U2 privilégie une approche intime et sincère, où la spiritualité se vit davantage comme une expérience humaine que comme un discours.
L’hommage à Hal Willner s’inscrit naturellement dans cette réflexion sur la mémoire et la transmission, ajoutant une touche de mélancolie discrète à l’ensemble.

Musicalement, le groupe reste fidèle à lui-même tout en affinant son approche.
The Edge déploie un jeu de guitare toujours aussi reconnaissable, entre clarté cristalline et effets enveloppants. Adam Clayton et Larry Mullen Jr. privilégient une base rythmique sobre mais solide, parfois presque mécanique dans son minimalisme — une autre empreinte new wave.
La voix de Bono oscille entre intensité habitée et retenue, portée par des arrangements aux accents soul-gospel.
Les textures sonores — synthés, piano, touches dream pop — enrichissent l’ensemble sans le surcharger.
Le retour de Brian Eno à la production se fait sentir dans cette capacité à créer des ambiances suspendues, où chaque morceau semble évoluer avec délicatesse.
Avec ces deux EP sortis durant la période du Carême, U2 propose une œuvre en diptyque, oscillant entre ombre et lumière.
Easter Lilly n’est pas une rupture, mais une évolution maîtrisée : un projet qui mise sur la subtilité, l’émotion et une forme de sérénité retrouvée.
Sans jamais tomber dans le cliché ou l’excès, le groupe livre ici un disque touchant, porté par une spiritualité douce et une humanité sincère — une lumière fragile, mais bien réelle, au cœur de l’obscurité.
L’EP soulève en filigrane une question universelle : la religion nous entraîne-t-elle dans nos zones les plus sombres, ou constitue-t-elle au contraire une force capable de nous unir et de nous soutenir dans les moments les plus difficiles ?
Note : 8/10
Chansons favorites :
- Resurrection Song
- Song for Hal
- Scars
- In a Life
- COEXIST (I Will Bless The Lord at All Times?)
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